Exploration Contributive

Notre attention est devenue le nouvel « or noir » de l’économie.

Comment notre attention est-elle devenue une marchandise ?

Atelier d'exploration contributive #2 - 27 mai 2026

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On a tendance à croire que la guerre pour notre temps de cerveau a commencé avec les smartphones, mais en réalité, ça a commencé il y a trois siècles, au moment de la révolution industrielle.

Le temps devient de l'argent

Avant le capitalisme, les humains vivaient au rythme de la nature : on agissait quand c’était nécessaire (cuisiner, récolter, dormir). Le temps n'était pas mesuré, il était « orienté par la tâche ».

Dans le même esprit, notre sommeil a été affecté par nos normes sociétales : Actuellement nos heures de sommeil sont orientées de manière à avoir un bloc de sommeil pendant la nuit et l'éveil pendant le jour. Alors qu'à la base l'être humain a un sommeil polyphasique : Un sommeil alternant phase endormie et éveillée durant la nuit avec un moment social et une sieste durant la journée. Mais afin de garantir une meilleure productivité et un meilleur rendement nos normes on changé pour avoir des journées de travail continues.

Cette transition s'est opérée au XVIIIe siècle, avec l'arrivée des usines, où les patrons ont imposés l'horloge.
Comme les ouvriers n'avaient pas les moyens de s'offrir des montres, certains patrons avançaient l'horloge de l'usine le matin et la retardaient le soir pour voler du temps de travail.

Résistance : Les ouvriers ont instauré la tradition de la « Saint-Lundi » : le lundi, personne ne venait travailler, tout le monde restait au pub.

Pour briser cette culture, il a fallu créer l'école obligatoire et y installer des cloches pour habituer les enfants, dès 4 ans, à obéir au temps de l'horloge.

Le temps était devenu une marchandise.

La capture du « temps de cerveau »

On cherche aussi à controler notre productivité, nos émotions, nos envie, via des biais non-conscientisés

Un général américain lance la recherche d'une musique a des fin de production et de comsommation. Cette fois, c'est "scientifique" : on diffuse des rythmes accélérés dans les usines et les supermarchés aux heures de pointe pour stimuler inconsciemment la productivité et la vitesse d'achat.

Avec ces mécanismes, on cherche tout d'abord à supprimer tout ce qui est répétitif des musiques, tout ce qui reste dans la tête tout ce qui peut faire que l'on s'intéresse à elles. Ce qui crée une sorte de flot continu de fond musical.
Pour que l'on ne la remarque pas, et que notre subconscient fasse le reste. Les "études" de l'époque, montrent que ces musiques avaient un réel impact sur la productivité et la consommation (bien qu'elles aient été réalisées par la Muzak elle-même donc à prendre avec des pincettes)

Une fois que le temps de travail a été verrouillé, les industries ont cherché à rentabiliser le temps libre en capturant notre esprit.

En 2004, le PDG de TF1 résumera parfaitement cette évolution avec sa formule célèbre : son métier consiste à vendre à Coca-Cola du « temps de cerveau humain disponible ».

Pour capter ce flux, les ingénieurs de la Silicon Valley ont appliqué les méthodes des casinos. Le geste du scroll infini utilise le principe de la récompense variable, exactement comme une machine à sous : on glisse le doigt sans savoir si le contenu suivant sera décevant ou génial.

Le casino dans la poche

Aujourd'hui on absorbe énormément de données chaque jour.

C'est ce suspense qui déclenche la dopamine et nous rend accros.

Ces plateformes manipulent nos émotions pour orienter nos comportements. Une étude a par exemple montré que diffuser de la musique classique dans un magasin pousse les clients à acheter des bouteilles de vin 2,5 fois plus chères. Les algorithmes font la même chose à plus grande échelle

Conclusion

En 50 ans, cette guerre de l'attention nous a fait perdre 1h30 de sommeil par nuit, et notre capacité de concentration moyenne a été drastiquement réduite. L'attention est devenue une ressource rare et disputée parce que, désormais, chaque seconde de notre regard vaut de l'or.

Discipline_du_travail - Thompson

Musdak - Seb

Reconquérir son intention - France Inter

Pour citer cet article

TORRAS, Léo & GAZZERA, Perrine (2026). Notre attention est devenue le nouvel « or noir » de l’économie.. Exploration Contributive. https://lecorpus.fr/numero/atelier-dexploration-contributive-2-27-mai-2026/article/notre-attention-est-devenue-le-nouvel-or-noir-de-leconomie/